Protestant

Fabrice Gorgerat passe le protestantisme au crible des corps. Ou comment faire du théâtre autour d’un sujet qui refuse toute représentation. Culpabilité, rétention, déni, prédestination sont quelques-unes des notions évoquées dans cette création qui mélange l’onirisme à un théâtre brut. De la genèse à « l’enfer climatisé » comme substitut à un monde perdu, Fabrice Gorgerat propose un examen imagé de l’esprit protestant, personnel et poétique.

À PROPOS DU SPECTACLE

De Rousseau à Zorn en passant par Weber et Hesse, la littérature sur le protestantisme est abondante. D’aucuns traitent de son impact sur l’évolution des sociétés capitalistes, d’autres de sa puissance destructrice lorsqu’il devient métastase. Les champs d’investigations et les sources sont innombrables. Cependant , c’est de mon rapport personnel au protestantisme dont il va s’agir. J’ai aujourd’hui plus que jamais l’impression que mon rapport au théâtre, aux femmes, à ma famille et que sais-je, est imprégné d’une couche de protestantisme tel qu’il m’est parfois difficile de respirer. J’aurais tendance à voir dans le protestantisme la base de toutes mes névroses et, peut- être, de mon travail.

Il ne sera pas question de traiter d’une pratique religieuse mais bien d’un contexte socio-culturel écrasant. Evidemment le catholicisme, et de manière générale toutes les confessions, ont également un impact violent et fondateur sur les structures sociales et mentales des habitants et pays où elles ont émergé. Elles sont également à la base d’une collection de comportements et névroses gigantesques. Mais voilà, je suis d’ici où il y a bien les brandons mais pas de carnavals.

Il ne sera pas question non plus de faire une analyse historique, d’en repasser par Luther et Calvin, mais de se baser sur les stigmates les plus évidents : nous sommes uniques et seuls responsables de nos destins devant Dieu et les hommes, nous sommes coupables autant de ce que l’on est que de ce qu’on n’est pas. Alors on est prudent, méfiant, on se toise, on se touche du bout des doigts et on vaque à nos affaires. On s’empêtre dans une tendresse que l’on ne sait comment donner, on se ronge et parfois on en meurt en pensant ne pas être à la hauteur de nous-mêmes. Ceci est certainement réducteur mais certains jours, la force nous manque pour voir un ailleurs. C’est peut-être cet ailleurs que nous allons chercher. Je n’ai pas envie d’un spectacle sombre.
On oublie parfois ce dont nous sommes fait et ce qui fait notre spécificité. L’idée serait de nous tendre un miroir, de questionner ce qui nous est commun avec tendresse et humour. De revenir à nous même plutôt que d’essayer de transmettre de gros enjeux de société. Nous aimerions être au plus proche de nos malaises pour essayer de les redonner au mieux.

production : compagnie Jours Tranquilles et Arsenic avec l’aide de De Pianofabriek, Bruxelles

soutiens : Loterie Romande, Ville de Lausanne, Pro Helvetia – Fondation suisse pour la culture

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